Arrêter de fumer : et si ce n’était pas une question de volonté ?
Celle-là, je l’entends tout le temps. « T’as juste besoin de vouloir vraiment. » Comme si les millions de fumeurs qui n’arrivent pas à arrêter manquaient simplement de courage ou de détermination. Non. C’est bien plus compliqué que ça, et bien plus intéressant.
La volonté ne suffit pas, et voici pourquoi
Quand quelqu’un fume depuis 45 ans et n’arrive pas à arrêter malgré une envie sincère, ce n’est pas un problème de volonté. C’est un problème de conflit intérieur. Il y a une partie de la personne qui veut arrêter, sincèrement, profondément. Et il y en a une autre qui ne peut pas. Pas qui ne veut pas. Qui ne peut pas.
Cette nuance est essentielle. Parce que tant qu’on traite l’addiction comme un défaut de caractère, on rate complètement la cible. Et on rajoute de la honte à quelqu’un qui en a déjà bien assez.
C’est exactement ce qu’a vécu Laurence lors d’une séance de démonstration récente d’hypnose. 45 ans de tabac, une dualité permanente, et une histoire d’enfance lourde derrière tout ça. Pas une faiblesse. Une stratégie de survie.
Le tabac comme stratégie de survie
Voilà ce que j’observe très souvent dans mon travail : derrière une addiction, il y a presque toujours une partie de nous qui a trouvé là une façon de tenir. De combler quelque chose. De se protéger d’une douleur qui était, à un moment de la vie, vraiment insupportable. Pour Laurence, la cigarette avait joué ce rôle depuis l’enfance : un substitut à l’amour et à la paix qui manquaient dans son environnement familial. Une partie d’elle avait fait ce choix courageux, à l’époque : trouver par elle-même ce dont elle avait besoin pour survivre. On ne peut pas lui en vouloir. On ne peut pas lui demander d’arrêter sans d’abord comprendre ce qu’elle protège.
C’est pourquoi en thérapie des parties, et notamment dans le modèle IFS de Richard Schwartz, on ne combat jamais les parties. On les écoute. On les remercie. Et on leur propose une autre voie, quand elles sont prêtes.
Vignette clinique : la séance de Laurence
Dans cette séance, deux parties ont été identifiées et extériorisées dans l’espace autour de Laurence. La partie « Futur » : celle qui veut arrêter, qui voit les conséquences sur la santé, qui aspire à autre chose. Et la partie « Passé » : celle qui ne peut pas lâcher, qui porte encore la tristesse et le besoin d’amour de l’enfant qu’elle a été.
Au départ, la partie « Futur » était en colère contre la partie « Passé ». Logique. Ça fait des années qu’elle se bat contre elle. Mais quand le Self, ce centre calme et bienveillant, a guidé le dialogue entre elles, quelque chose s’est dénoué. La partie « Futur » a compris que la partie « Passé » ne cherchait pas à saboter. Elle cherchait, elle aussi, à protéger.
Et c’est là que tout a basculé : les deux parties ont réalisé qu’elles avaient exactement le même objectif. La même intention de départ. Se protéger. Survivre. Aller bien. À partir de ce moment, la réconciliation est devenue possible. Les deux parties se sont rapprochées, côte à côte, et ont fusionné dans les bras du Self.
Laurence est ressortie de séance plus légère. Avec un engagement concret : offrir au Self des moments réguliers dans la journée — une respiration, une pause — pour que ces deux parties continuent à dialoguer plutôt qu’à se battre.
👉 Tu peux regarder cette séance complète sur la chaîne YouTube HypnoPsy : youtube.com/@HypnoPsyKarimaMeliani
Ce que ça change, concrètement
Travailler sur l’addiction avec cette approche, ça ne ressemble pas à un combat. Ça ressemble plutôt à une réconciliation. Et c’est une différence énorme, autant pour la personne que pour le thérapeute. Parce qu’on ne demande pas à la partie protectrice de disparaître. On lui propose de s’apaiser, de se sentir moins seule, de faire confiance au Self pour prendre le relais. Et quand elle se sent vraiment entendue, pas jugée, pas combattue, juste entendue, elle peut enfin lâcher un peu de cette tension qu’elle porte depuis des années.
Ce travail ne se fait pas en une séance. Ce qui change en séance, c’est la compréhension. Ce qui demande du temps, c’est l’habitude. C’est pour ça que le travail au quotidien : ces petits moments de connexion avec le Self, est tout aussi important que la séance elle-même.
Alors non, ce n’est pas une question de volonté. C’est une question d’histoire. De parties qui ont fait de leur mieux avec ce qu’elles avaient. Et de la possibilité, un jour, de leur dire : merci. Je m’en occupe maintenant.