Hypnoanalgésie et névralgie d'Arnold : quand la douleur chronique rencontre la réification hypnotique
Par Karima Meliani - Psychologue systémique, hypnothérapeute et formatrice | Hypno'Santé
Il y a des douleurs que les médecins minimisent pendant des années, ou dont ils ne trouvent pas l'origine. Des douleurs qu'on finit par apprendre à porter, à gérer, à contourner, faute de mieux. La névralgie d'Arnold fait partie de ces douleurs-là. Et Élodie, hypnothérapeute, en sait quelque chose.
Quand elle m'a contactée pour participer à une séance de démonstration en hypnoanalgésie, j'ai tout de suite été frappée par la particularité de sa situation : elle connaît l'hypnose de l'intérieur, elle la pratique au quotidien avec ses propres clients, et pourtant elle n'avait jamais pu bénéficier d'une séance d'hypnoanalgésie durant une crise aiguë. Accompagner un pair, c'est toujours un exercice particulier. Et cette séance m'a rappelé pourquoi j'aime autant ce travail.
Qui est Élodie ?
Élodie est éducatrice spécialisée de formation initiale. Elle a travaillé pendant quatorze ans en protection de l'enfance au niveau judiciaire : un métier exigeant, au contact de situations humaines difficiles. Puis elle a choisi de se réorienter vers l'hypnose thérapeutique, a suivi les formations jusqu'au niveau maître praticien, et s'est également formée à l'EMDR Ritmo. Aujourd'hui, elle pratique l'hypnose au quotidien avec ses clients.
Et pourtant, depuis huit ans, elle vit avec des névralgies d'Arnold qui empoisonnent sa vie de façon très concrète.
C'était touchant pour moi car je ne suis pas étrangère à ce qu'Élodie vit. Je fais moi-même des crises de névralgies d'Arnold. Je sais exactement de quoi elle parle quand elle décrit ce pieu dans l'œil, l'impossibilité de bouger, le noir et le silence comme seuls refuges. C'est d'ailleurs pour ça que j'ai développé et affiné le protocole de réification hypnotique au fil des années, pas seulement pour mes clients, mais aussi pour moi. Et si je le recommande autant en hypnoanalgésie, c'est parce que je l'utilise sur moi-même.
La névralgie d'Arnold : une douleur chronique trop souvent mal comprise
La névralgie d'Arnold, c'est le pincement du nerf d'Arnold qui part des cervicales C2-C3, remonte derrière l'occiput, irradie tout le crâne et redescend jusque sous l'œil. Quand une crise éclate, la douleur peut monter jusqu'à neuf et demi sur dix. Elle provoque des vomissements. Elle oblige à s'enfermer dans le noir, dans le silence total. Élodie décrit la sensation comme avoir un pieu dans l'œil.
Les crises les plus aiguës peuvent durer une dizaine d'heures. Ensuite, pendant une semaine entière, elle fonctionne avec un niveau de douleur chronique à six, six et demi.
L'itinéraire médical d'Élodie est chaotique, comme souvent sur ces douleurs qu'on a du mal à soigner. Pendant des années, cette douleur chronique a été interprétée comme d'origine anxieuse. Stress, transit, problèmes positionnels : les hypothèses se sont succédées sans jamais aboutir. Huit ans de kinésithérapie. Des anti-inflammatoires à doses élevées qui permettent tout juste de baisser la douleur de deux crans, des traitements contre la migraine qui ne fonctionnent pas parce que ce n'est pas une migraine typique mais une névralgie liée à l'usure du nerf lui-même. Cela a de quoi éprouver n'importe qui.
Ce n'est que très récemment qu'un rhumatologue a enfin orienté Élodie vers un neurologue. Mais en attendant, la douleur est là, toujours prête à se réveiller. Et ça sans parler du stress que "ça arrive".
Mes choix thérapeutiques avant de commencer la séance d'hypnoanalgésie
Avant de commencer la séance, j'ai pris le temps de poser quelques questions essentielles : pas pour faire une anamnèse complète puisque ce n'était pas le contexte, mais pour m'assurer d'une chose fondamentale : est-ce qu'Élodie est suivie médicalement ?
C'est une règle que je ne contourne jamais en hypnoanalgésie. L'hypnose peut aider considérablement par rapport à la douleur, mais elle ne traite pas la cause du problème. Enlever une douleur sans explication médicale, c'est risqué parce que la douleur est un signal. Un signal précieux qu'on ne doit pas faire taire tant qu'on n'a pas trouvé ce qui se passe en dessous.
Dans le cas d'Élodie, le suivi médical était en place. Une IRM était prévue. Elle attendait un rendez-vous avec un neurologue. Le cadre était posé, on pouvait alors commencer à travailler.
L'autre notion qui a guidé mes choix c'est qu'Élodie n'était pas en crise au moment de la séance. Elle avait une sensation de gêne permanente, à deux et demi sur dix au repos, qui pouvait monter à trois et demi en mouvement. J'ai donc décidé de travailler sur cette gêne présente, mais avec une technique d'hypnoanalgésie qui lui permettrait également de bosser seule sur la douleur aiguë quand elle surviendrait. Parce que c'est ça, l'objectif réel : lui donner un outil qu'elle peut utiliser seule, à n'importe quel moment, y compris en pleine crise. Les patient.es ne peuvent pas venir nous voir en cabinet à chaque crise de douleur, l'autonomie devient donc un indispensable à l'hypnoanalgésie.
Le protocole de réification hypnotique : transformer la forme de la douleur
Le protocole que j'ai choisi pour cette séance d'hypnoanalgésie, c'est celui que j'utilise le plus souvent pour les douleurs chroniques localisées. Il mixe différentes notions comme la réification, les submodalités, etc.
Le but n'est pas de combattre la douleur ou de l'effacer dans cette technique. On la délimite, puis on la sort de l'endroit où elle se trouve, on la transforme, et enfin on la remplace par un objet de confort absolu. Cet objet doit être créé spontanément par le client lui-même. C'est l'inconscient qui est aux commandes, pas le thérapeute.
Délimiter la sensation
J'ai demandé à Élodie de tracer mentalement un trait autour de la sensation dans sa nuque : un contour imaginaire qui délimite la forme exacte de cette gêne. Sans lui dire quelle couleur choisir ni quelle forme dessiner. L'inconscient sait. À partir de ce moment-là, le mot douleur disparaît de mon vocabulaire, au profit de gêne.
Créer l'espace de jeu
Je lui ai proposé de s'installer dans un espace de jeu créatif, comme une petite fille de cinq ou six ans qui bricole. Sur cet espace, elle dispose de tout ce dont elle a besoin pour créer, modifier, transformer (ciseaux, peinture, crayons, etc.) Ensuite, je lui ai demandé d'aller chercher cette forme et de la déposer devant elle.
Retirer la forme
Élodie m'a dit que c'était lourd, qu'elle était en train de décoller quelque chose. Elle a fabriqué en pâte à modeler un pied de biche en plastique jaune pour soulever la forme. Et elle y est arrivée.
Transformer jusqu'au symbole de confort parfait
Élodie a commencé par transformer la forme extraite en un escargot en pâte à modeler multicolore avec des empreintes de petits coquillages. Puis ça s'est modifié : un motif comme sur les sucres d'orge, des petites perles brillantes. Et finalement, une bouée : colorée, moelleuse, avec un mélange de sucre d'orge et de bonbon beignet. Un objet qu'elle a trouvé "hyper chouette" alors qu'elle n'aime pas les bonbons.
Replacer l'objet de confort
Quand la bouée était parfaite, je lui ai demandé de la replacer exactement à l'endroit où se trouvait la forme douloureuse, comme si elle avait toujours été là, comme si elle n'avait plus jamais à bouger de cet endroit. Notez que le mot gêne qui remplaçait douleur est devenu forme depuis le travail du point 4.
C'est exactement ça, l'hypnose. On ne pilote pas, on se laisse surprendre. Et ce que l'inconscient choisit est toujours juste, toujours.
Les résultats de la séance
Au retour, j'ai posé la question simple que je pose toujours : tout à l'heure, tu avais une gêne à deux et demi. Qu'est-ce qu'il en est maintenant ?
"J'ai rien là."
Plus rien. Zéro.
Ce qui m'a également frappée dans le debriefing avec Élodie, c'est la richesse de ce qu'elle a vécu de l'intérieur en tant que praticienne. Elle a remarqué comment je glissais progressivement du mot "douleur" au mot "sensation", puis au mot "forme", jusqu'à ne plus jamais parler de douleur du tout. En réification hypnotique, on n'enlève pas une douleur, on enlève une forme. Et ça change tout, y compris pour l'inconscient.
Elle a aussi noté quelque chose d'important : quand je lui ai proposé de replacer la bouée, elle a entendu le son du pneumatique qu'on enfonce, elle a senti la texture. La bouée était physiquement présente dans son expérience sensorielle. Ce n'était pas un vide à la place de la douleur, mais quelque chose de confortable, de positif, de réel pour l'inconscient.
Ce que tout praticien peut retenir de ce cas clinique
- Douleurs chroniques localisées : névralgie d'Arnold, douleurs cervicales, côlon irritable, crises de migraine
- Endométriose si la localisation est délimitable sur une zone précise
- Toute douleur que le client peut "dessiner" dans son corps
- Douleurs diffuses (fibromyalgie, polyarthrite, sclérose en plaques) → préférer la safe place ou la régression à la cause
- Accompagnement d'accouchement → respiration, safe place, division de la douleur
- Douleurs aiguës légères → réduction progressive de la forme suffit souvent
La grande force de ce protocole d'hypnoanalgésie, c'est l'autonomisation qu'il permet. Une fois qu'une personne a vécu ce processus une fois, elle peut le reproduire seule, en autohypnose. Au début, ça prend quelques minutes puis avec la pratique, ça se fait en quelques secondes. Et c'est fondamental dans l'accompagnement de la douleur chronique : on ne peut pas demander à quelqu'un de venir nous voir à chaque crise. On doit lui donner les outils pour qu'elle puisse se soulager elle-même.
Il y a aussi, dans ce protocole, quelque chose d'essentiel que j'ai appris à ne jamais oublier : on n'impose pas les symboles. Je ne dis jamais à un client ce que doit être son objet de confort. Je laisse l'inconscient créer. Ce que l'inconscient choisit est toujours congruent et juste parce que c'est lui qui sait ce dont il a besoin, pas nous.
Enfin, cette séance m'a rappelé quelque chose d'important sur notre posture de praticien. Nous aussi, nous avons des douleurs. Connaître ces protocoles d'hypnoanalgésie de l'intérieur, les avoir vécus, pas seulement appris, change profondément la façon dont on les transmet. Élodie le sait. Je le sait. Et c'est peut-être ça, aussi, qui rend ce travail si précieux.
La suite pour Élodie
Au moment de cette séance, Élodie attendait un rendez-vous avec un neurologue et avait une IRM programmée. Le travail médical et le travail thérapeutique avançaient en parallèle, ce qui est exactement comme cela doit se passer dans l'accompagnement de la douleur chronique par l'hypnose.
Elle est repartie avec un outil concret d'autohypnose qu'elle peut utiliser seule lors de ses crises. Elle a aussi, en tant que praticienne, découvert de l'intérieur une technique de réification hypnotique qu'elle pourra désormais proposer à ses propres clients douloureux.
▶ Voir la séance complète sur YouTube — HypnoPsy · Karima MelianiVous souhaitez intégrer l'hypnoanalgésie à votre pratique ? Nous proposons une formation en ligne de deux jours.
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