Non, remplir un formulaire ce n’est pas un premier entretien
Nom, prénom, âge, état civil, niveau d’études, allergies, taille, poids , et pourquoi pas la pointure pendant qu’on y est. Voilà ce qu’on trouve dans certains formulaires d’anamnèse qui circulent dans notre domaine. Et franchement, il faut qu’on parle.
L’anamnèse : une définition médicale qui a peu à faire chez le thérapeute
L’anamnèse, c’est « l’ensemble des renseignements fournis au médecin par le malade sur l’histoire d’une maladie ». C’est une définition médicale. Et elle a tout son sens dans un cabinet médical. Mais dans un cabinet de psychothérapie ou d’hypnose, utiliser un formulaire d’anamnèse, c’est importer un outil du mauvais contexte, et rater complètement ce qui devrait se passer lors d’un premier entretien.
Parce que la personne qui pousse votre porte pour la première fois ne vient pas vous voir comme elle irait chez son médecin généraliste. Elle vient dans un état de tension, de vulnérabilité, parfois après des semaines ou des mois à hésiter. Elle a besoin d’être accueillie, écoutée, comprise. Pas d’être invitée à remplir un questionnaire.
Ce que le formulaire produit vraiment
Imaginez la scène. La personne arrive, s’installe, et vous lui tendez un formulaire. Pendant qu’elle répond à vos questions, vous avez le nez rivé sur votre papier, le stylo à la main, sans contact visuel. Quel message lui envoyez-vous ? Que les informations qu’elle vous donne sont peut-être inutiles. Qu’elle perd son temps. Ou que vous n’êtes pas vraiment là pour elle, pas encore. Sans parler de ce qui se passe dans sa tête à elle : « mais qu’est ce qu’il note, est-ce que c’est intéressant ce que je dis? »
Au minimum, ça crée de l’agacement. Ça installe la personne dans une position de passivité. C’est comme ça qu’on rate complètement le rendez-vous le plus important de toute la relation thérapeutique : celui où l’alliance se construit, ou ne se construit pas.
Ce qu’on fait à la place : le questionnement systémique
Le questionnement systémique, c’est une façon de poser des questions qui considère la personne dans son entièreté, avec ses systèmes intérieurs, ses relations, son histoire, ses croyances. Aucun d’entre nous n’est une entité isolée avec des symptômes à cocher, mais nous sommes des êtres humains complexes pris dans différents systèmes : la famille, le travail, la société, et tout un monde intérieur. Nous travaillons cela dans notre formation questionnement pour thérapeutes.
Concrètement, ça ressemble à un entretien. Vous regardez la personne, vous hochez la tête, vous reformulez. Vous posez des questions sur le problème mais aussi sur les relations, les tentatives de solution déjà essayées, la vision qu’elle a d’elle-même et du monde. Et pendant tout ce temps, vous êtes en train de construire quelque chose d’essentiel : l’alliance thérapeutique.
Car, surprise, c’est cela, le vrai objectif du premier entretien. Nous ne sommes pas là pour collecter des données à metttre dans un joli fichier, mais pour créer une relation qui sera durable.
Du problème à la demande : le vrai travail du premier entretien
Voilà quelque chose que les formulaires ne font jamais : passer du problème à la demande. Or c’est pourtant l’enjeu central du premier entretien. Quelqu’un qui vient vous exposer un problème ne vous dit pas encore ce qu’il attend de vous. Et si vous vous engouffrez directement dans le problème sans comprendre la demande, vous risquez de travailler à côté.
Un exemple concret. Quelqu’un vient vous voir pour une dépendance affective. Demande manifeste : se débarrasser de cette dépendance. Tandis que la demande implicite est découverte au fil du questionnement : convaincre son partenaire toxique de rester avec elle. Si vous travaillez sur la dépendance affective sans avoir compris ça, vous travaillez contre ce que la personne attend vraiment. Et la thérapie s’enlise.
Le questionnement systémique permet justement de déceler ces demandes implicites, et d’éviter les pièges thérapeutiques qui en découlent. C’est pour ça qu’on est en thérapie dès la première minute de l’entretien. Pas quand on pose le formulaire de côté.
Un premier entretien réussi, ce n’est pas un dossier bien rempli. C’est une personne qui repart en se disant : elle m’a compris. Je peux lui faire confiance. On va pouvoir travailler ensemble.
Vous pouvez retrouver ma conférence sur les questions à poser dans le premier entretien sur ma chaîne Youtube : HypnoPsy – Karima Meliani