Hypno'Santé

Le symptôme de votre patient n’est pas son problème

Article de fond · Approche systémique

Le symptôme de votre patient n'est pas son problème — c'est sa solution

Par Karima Meliani — Psychologue clinicienne, psychothérapeute systémique, hypnothérapeute et fondatrice d'Hypno'Santé

C'est une des premières choses que la systémique m'a appris à voir différemment. Et depuis, ça a changé radicalement la façon dont je reçois un patient, dont j'écoute ce qu'il m'amène, et dont je décide sur quoi travailler.

Le symptôme n'est pas le problème. Le symptôme est une solution.

Je sais que ça peut sembler contre-intuitif. Quand quelqu'un arrive avec une phobie, une addiction, un burn-out, une insomnie, notre réflexe de thérapeute c'est de vouloir résoudre ce symptôme, et vite. C'est d'ailleurs souvent pour ça que les gens nous consultent : ils veulent qu'on leur enlève ce qui fait mal, ce qui gêne, ce qui perturbe leur vie. Mais si on s'arrête là, on passe à côté de quelque chose d'essentiel.


Tout symptôme maintenu a une fonction

En psychanalyse, on parle de bénéfice secondaire. En systémique, on parle de fonction du symptôme. Le mot est différent, mais l'idée est plus radicale : si un symptôme persiste, c'est qu'il remplit quelque chose. Il répond à un besoin, il maintient un équilibre, il protège quelque chose ou quelqu'un. Sans cette fonction, il disparaîtrait de lui-même.

Ce n'est jamais conscient, et ce n'est jamais de la mauvaise volonté. Les gens ne fabriquent pas leurs symptômes exprès. Mais quelque chose dans leur système, intérieur ou extérieur, les maintient en place.

Cas clinique - La petite fille et la phobie des vomissements

Une petite fille développe une phobie des vomissements. Ses parents me l'amènent, inquiets. Quand je vois l'enfant seule et que je lui demande ce qui se passe le soir quand elle se sent mal, elle me dit que ses parents viennent la voir, s'occupent d'elle, lui prennent le temps.

Je lui pose la question directement : quand tes parents viennent, comment tu te sens ? "Très bien. Ils s'occupent de moi, ils me mettent au lit, ils prennent du temps avec moi." Son symptôme a une fonction très précise : obtenir de la présence, de l'attention, de la connexion avec ses parents. Ce n'est pas de la manipulation — c'est une réponse intelligente et inconsciente à un besoin réel qui n'est pas comblé autrement.

Si j'avais simplement travaillé sur la phobie des vomissements, j'aurais peut-être pu la réduire temporairement. Mais la fonction serait restée là, et le symptôme aurait resurgi sous une autre forme. Ou pire, l'enfant aurait perdu son seul moyen d'obtenir de l'attention.


La question que je pose avant toute chose : à quoi ça sert ?

Dès la première séance, ma question centrale n'est pas "qu'est-ce qui ne va pas", c'est "à quoi ça sert, ce qui ne va pas". Et cette question, je ne la pose pas directement au patient, parce que personne ne sait y répondre consciemment. Je la cherche à travers le questionnement sur la famille, sur les relations, sur ce que les proches pensent du problème.

C'est pour ça que je suis toujours un peu sceptique quand je vois des questionnaires d'anamnèse qui demandent directement : "Quelles sont vos croyances limitantes ?" ou "Quels sont les bénéfices secondaires de votre problème ?" Il n'y a personne qui sait répondre à ça en première séance. Par contre, si on demande à quelqu'un ce que son mari pense de son burn-out, ce que sa mère pense de sa difficulté, ce que son fils ressent face à son problème, alors là, les croyances et les valeurs émergent naturellement, sans qu'on ait besoin de les demander frontalement.

Cas clinique - Le burn-out et la croyance cachée

Une femme arrive en burn-out. Je lui pose des questions sur ce que pense son mari de sa situation. Elle me dit : il estime qu'elle devrait aller mieux, qu'elle devrait reprendre le travail. Et que pensez-vous de ce qu'il pense ? Sa réponse : "Il a raison. Je me considère moi-même comme une personne fainéante si je ne travaille pas."

Voilà la vraie problématique. Pas le burn-out en lui-même, mais la croyance profonde que s'arrêter de travailler pour des raisons de santé mentale, c'est de la fainéantise. Cette croyance rend impossible l'acceptation du burn-out, et donc impossible la guérison. Tant qu'elle est là, le travail thérapeutique ne peut pas avancer vraiment.


Le recadrage : entrer dans le monde du patient sans le bousculer

Quand j'ai compris la fonction du symptôme et les croyances qui le soutiennent, mon travail n'est pas de les contredire frontalement. Dire à quelqu'un "mais non, vous n'êtes pas fainéante" ne fonctionne pas car ça ne rentre pas dans son schéma, ça glisse dessus.

Le recadrage systémique, c'est entrer dans la vision du monde du patient pour y introduire un doute, une question, une fissure, attention sans attaquer la structure. Je pose une question qui fait travailler l'esprit sans déclencher de résistance.

Cas clinique — La dame qui ne pouvait pas tomber enceinte

Une dame d'une quarantaine d'années n'arrivait pas à tomber enceinte et vivait cette infertilité comme une punition divine. Elle avait vécu une IVG des années auparavant, et sa conviction profonde était que Dieu la punissait pour ça, qu'elle n'était pas assez bonne pour avoir un enfant. Tout son système de croyances était ancré dans une tradition familiale très catholique.

Mon recadrage n'était pas de lui dire : "Mais enfin, Dieu ne punit pas." Ça n'aurait rien fait. Je lui ai simplement posé cette question :

"Est-ce que vous avez constaté que seules les personnes bien ont des enfants ?"

Juste ça. Mais cette question a bousculé quelque chose dans sa vision du monde sans l'attaquer, sans la juger, en restant dans son propre cadre de référence. C'est ça, un recadrage propre.


Ce que ça change dans ma pratique au quotidien

Comprendre la fonction du symptôme, c'est comprendre que rien n'est anodin dans ce qu'un patient vous apporte. Les résistances, les rechutes, les "oui mais", les patients qui semblent saboter leur propre thérapie : tout ça a une fonction. Tout ça protège quelque chose.

C'est pour ça que je ne cherche jamais à éliminer une partie, une résistance, un comportement qui pose problème. Je cherche d'abord à comprendre ce qu'il protège. Parce que le jour où j'aurai compris ça, je pourrai proposer quelque chose qui réponde au vrai besoin — et c'est à ce moment-là que le changement devient possible et durable.

C'est cette logique-là qui me guide quand j'utilise l'hypnose également. La thérapie des parties, la régression à la cause, l'IFS en hypnose, ce sont des outils qui permettent d'aller chercher ces fonctions cachées, ces parties protectrices, ces exilés. Mais ils n'ont de sens que si on a d'abord compris, au moins partiellement, ce qu'on cherche. L'hypnose sans cette boussole, c'est un outil puissant utilisé à l'aveugle. Avec elle, c'est un chemin qui va quelque part.


À retenir pour votre pratique
  • Avant de travailler sur un symptôme, cherchez sa fonction — dans le système familial extérieur et dans le système intérieur du patient.
  • Ne demandez pas directement les croyances — posez des questions sur les proches et elles émergeront naturellement.
  • Un recadrage ne contredit pas la vision du monde du patient : il y entre pour y introduire une question.
  • Les résistances et les rechutes ont toujours une fonction — elles protègent quelque chose. Cherchez quoi avant d'insister.
▶ Voir l'interview complète sur YouTube — HypnoPsy · Karima Meliani

Vous souhaitez intégrer l'approche systémique à votre pratique ?

Formation systémique pour hypnothérapeutes — une année complète en Zoom :

→ hypnosante.be/formations-en-hypnose

Téléchargez l'ebook gratuit de Karima Meliani :

→ hypnosante.net/ebook

Select the fields to be shown. Others will be hidden. Drag and drop to rearrange the order.
  • Image
  • SKU
  • Rating
  • Price
  • Stock
  • Availability
  • Add to cart
  • Description
  • Content
  • Weight
  • Dimensions
  • Additional information
Click outside to hide the comparison bar
Compare